La Bible mentionne-t-elle réellement l’existence de « membres d’Église » ?

 

Existe-t-il des traces du concept de « membres de l’Eglise locale » dans le Nouveau Testament ? C’est en tout cas que certains chrétiens affirment avec véhémence. Mais rien n’est moins vrai. L’article ci-dessous est extrait du livre de Jonathan Leeman, Être membre d’une Église locale (9Marks – Cruciforme. Vous pouvez vous le procurer ici) et démontre que le Nouveau Testament toute entier part du principe qu’un chrétien est membre de l’Église.

Je saisis l’occasion de cet article pour vous inviter à notre formation #Transmettre Ecclésiologie qui commence samedi 29 mai 2021. Mick Caron, le directeur de 9Marks francophone, va revenir en détail sur ce sujet et abordera de nombreuses autres questions d’actualité.

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L’ÉGLISE DE JÉRUSALEM

Nous nous découvrons entourés de « Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel » : Parthes, Mésopotamiens, Cappadociens, Asiatiques, Égyptiens, Libyens, Romains, Crétois, Arabes… la liste est longue (Ac 2.5,9-11). Ils sont venus célébrer la fête annuelle juive de la Pentecôte ; les couleurs vives et les odeurs nous rappellent un marché aux puces.

Pourtant, la première chose qui nous frappe n’est pas ce que nous voyons, mais ce que nous entendons, « un bruit comme celui d’un vent impétueux » (Ac 2.2). Nous sommes emportés par la foule jusque devant un groupe d’hommes qui prêchent, d’une manière ou d’une autre, dans la langue maternelle de tous ces peuples. La foule retient son souffle.

L’un de ces hommes, Pierre, affronte directement le peuple. Il leur rappelle le grand roi David, qui a utilisé les mots « mon Seigneur » en parlant de Jésus, récemment crucifié. Puis il conclut par la remarque saisissante : « Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2.36).

Nous observons les auditeurs ; nous nous attendons à ce qu’ils se ruent sur Pierre. Ils vont sûrement le qualifier de traître et le remettre aux autorités.

Aucune agitation cependant. Apparemment, ils se sentent interpellés. « Le cœur vivement touché », ils demandent à Pierre ce qu’il convient de faire (Ac 2.37). Sans hésiter, Pierre répond : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Ac 2.38).

Démarche osée, car avant d’être exécuté, Jésus a été accusé d’insurrection. Pierre ne cherche pas à cacher que Jésus est roi ; il cite même David et Dieu pour soutenir sa déclaration. En outre, il dit aux gens de s’identifier avec Jésus par le baptême. Il semble vouloir établir un peuple mis à part, un mouvement que le public peut identifier.

De façon remarquable, les gens répondent à son appel en masse : « Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés ; et, en ce jour-là, le nombre des disciples augmenta d’environ trois mille âmes » (Ac 2.41).

Nous semblons avoir atterri au bon endroit. Voici où tout a commencé. Nous posons des questions et apprenons qu’avant notre arrivée, « le nombre des personnes réunies [était] d’environ cent vingt » (Ac 1.15). Puis, lors de cette journée extraordinaire, plus de trois mille personnes sont ajoutées à ce nombre : Jacques, André, Lydie, Alphée, Prochore, Pierrot, Sébastien, Alice… L’Église compte les nouveaux venus et tient des registres. Elle les connaît tous par leur nom.

 

 

 

CROISSANCE ET PERSÉCUTION

Les jours passent. Nous louons des locaux dans une tente et commençons à compiler nos propres registres. Nous continuons d’observer ce groupe qui adopte un nouveau mode de vie. Ces gens persévèrent dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. Ils se disent « chrétiens » et mettent tout en commun, y compris leurs biens et leurs ressources, en fonction des besoins de chacun (Ac 2.44,45).

Ce groupe n’est pas sur la même longueur d’onde que le reste de la ville. C’est comme si ses membres venaient d’ailleurs. Ils sont « tous ensemble assidus au temple », puis ils rompent le pain « dans les maisons » (Ac 2.46). Cette collectivité continue aussi de croître en nombre : « Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés » (Ac 2.47).

Les semaines et les mois passent. De nouvelles personnes affirment croire le message qui leur est annoncé. Assez vite, le nombre de membres masculins s’élève « à environ cinq mille » (Ac 4.4). Nous nous demandons si ce groupe ne cherche qu’à remplir les bancs. Ont-ils l’obsession des nombres ?

La réponse est évidente : pas du tout. Conscients d’impor- tants écarts moraux, les dirigeants visent à les corriger (5.1-11). L’« Église » (ainsi qu’ils se nomment eux-mêmes désormais) se retrouve toujours « au portique de Salomon » (Ac 5.11,12). Toute l’Église tient à rassembler ses membres pour s’entretenir sur la façon de mieux soutenir ses veuves (Ac 6.1,2).

Nul doute à ce sujet : ces gens passent du temps ensemble et prennent soin les uns des autres. Leur vie communau- taire est si remarquable qu’en interrogeant la population de Jérusalem, nous découvrons que « le peuple les louait haute- ment » (Ac 5.13).

Bien sûr, tout le monde ne les aime pas. Par deux fois, les apôtres doivent subir un interrogatoire. À deux reprises, Pierre dit la même chose : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 4.20 ; 5.29). Ce groupe sait que Jésus est l’au- torité suprême. « Et chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient d’enseigner et d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ » (Ac 5.42).

Pourtant, la vie devient dure pour l’Église. La persécution commence dès que les autorités locales se sentent menacées. Un leader nommé Étienne est lapidé à mort. Il semble même que les principaux sacrificateurs mettent la main sur une liste de noms et d’adresses, car l’un de leurs hommes de main parmi les plus zélés, un pharisien du nom de Saul, pénètre « dans les maisons » et en arrache les membres de l’Église pour les jeter en prison (Ac 8.3).

Chose étrange, cependant, les actions de Saul ont un effet fortuit. De nombreux messagers accourent vers nous afin de nous transmettre les mêmes nouvelles : « Ceux qui [ont] été dispersés [vont] de lieu en lieu, annonçant la bonne nouvelle de la parole » (Ac 8.4). La persécution disperse les chrétiens loin de Jérusalem, dans d’autres villes et terres lointaines.

Nous entendons bientôt dire qu’il y a des disciples en Samarie, à Damas, à Lydde, à Joppé et à Césarée (Ac 8.14 ; 9.10,32,42 ; 10.24). Tout le monde commence à comprendre que Jésus n’est pas venu ici-bas pour être seulement le roi des Juifs (Ac 11.18).

À cette même époque, un bruit se répand dans l’Église de Jérusalem au sujet de la conversion de Saul ; il aurait com- mencé à prêcher dans les synagogues que « Jésus est le Fils de Dieu » et « le Christ » (Ac 9.20,22). Beaucoup en doutent, jusqu’à ce que Saul arrive et prêche « franchement au nom de Jésus » (Ac 9.27,28).

Les chrétiens connaissent une période d’accalmie temporaire. L’Église de Jérusalem, à présent dispersée « dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie », semble bénéficier de paix (9.31).

 

 

LES ÉGLISES DE SYRIE, D’ASIE MINEURE ET D’AU-DELÀ

Nous décidons de nous réunir pour commencer à faire le tri de nos données. L’un de nous suggère la possibilité que Dieu ait envoyé à dessein tous ces citoyens de divers pays à Jérusalem pour la Pentecôte, avant de permettre à dessein une persécution pour que les nouveaux convertis se dispersent à l’étranger.

Bien sûr, un de nos amis de l’Église de Jérusalem fait irrup- tion juste au beau milieu de notre réunion. Il est à bout de souffle et doit se pencher en s’appuyant sur ses genoux pour reprendre sa respiration. Il se relève, souriant, et nous annonce que « le bruit [est parvenu] aux oreilles des membres de l’Église de Jérusalem » qu’« un grand nombre de personnes [ont cru et se sont converties] au Seigneur » au-delà de la frontière syrienne, dans la ville d’Antioche (Ac 11.19-22).

Un an s’écoule. Nous nous procurons un bulletin de l’Église de Jérusalem, et y lisons qu’« une foule assez nom- breuse [s’est jointe] au Seigneur » à Antioche, et que Barnabas et Saul, « pendant toute une année […] se réunirent aux assem- blées de l’Église, et […] enseignèrent beaucoup de personnes » (Ac 11.24,26).

De toute évidence, le phénomène ne se limite pas unique- ment à la Judée.

Les chrétiens de Syrie sont authentiques. Une famine nous frappe en Judée, mais les disciples de Syrie envoient des pro- visions vers le sud. Grâce à la générosité chrétienne des gens d’Antioche, nous pouvons nous rassembler dans la maison d’un membre de l’Église pour partager un repas : agneau syrien rôti à la broche accompagné d’une salade de figues et de lentilles, pain plat grillé garni de fromage de chèvre et feuilles de vigne farcies de riz au lait. L’amour chrétien est absolument délicieux. Inlassablement, ces chrétiens prouvent qu’ils se soucient les uns des autres et que leur bienveillance se manifeste au-delà des frontières nationales et de leurs propres Églises.

Les décennies passent et nous sommes témoins de l’im- plantation de nombreuses Églises. Saul, désormais surnommé Paul, entreprend un voyage au cours duquel il implante des Églises sur l’île de Chypre et en Asie Mineure, y compris dans les villes de Derbe, de Lystre, d’Icone et d’Antioche de Pisidie (Ac 13.4 ; 14.20-23). Lors d’un deuxième voyage, il implante des Églises plus à l’ouest, dans les villes de Philippes, de Thessalonique, de Bérée, de Corinthe et d’Éphèse, pour n’en nommer que quelques-unes (Ac 15.36 – 18.22). Il entreprend ensuite un troisième voyage en vue d’affermir la foi de ces Églises (Ac 18.23 – 21.26).

Nous recevons non seulement des témoignages verbaux, mais des copies de lettres adressées par les apôtres à différentes Églises (à celles de Galatie, de Thessalonique, de Corinthe, de Rome et d’ailleurs). Paul continue d’écrire, même en assi- gnation à domicile : « Je suis ambassadeur dans les chaînes » (Ép 6.20). Il utilise ses démêlés avec les autorités du monde pour servir les intérêts du Roi Jésus.

Les autorités réagissent de toutes sortes de manières. Hérode Antipas fait arrêter et tuer des membres de l’Église (Ac 12.1,2). Le proconsul romain sur l’île de Chypre croit au message des chrétiens et se convertit (Ac 13.12), tout comme le fait un chef de synagogue (Ac 18.8). Le gouverneur Felix y voit une occasion d’extorquer de l’argent (Ac 24.26). Le gou- verneur Festus traite Paul de « fou » (Ac 26.24). Le roi Agrippa est perplexe (Ac 26.28). Un autre proconsul romain nommé Gallion ne se met pas du tout en peine de toute cette histoire (voir Ac 18.17).

C’est comme si les Églises et leurs membres étaient repous- sés et mis au ban de la société ; ils en font partie, mais pas vraiment. Ils ne sont ni chair ni poisson. Une copie d’une lettre de Pierre nous parvient un jour et dit exactement cela. Il appelle les chrétiens des « étrangers » (1 Pi 1.1).

 

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.