Baptiser est-il nécessairement synonyme d’immerger ?

 

En matière de baptême, presbytériens et baptistes sont en désaccord sur bien des points. Nous en avons abordé quelques-uns (voir une synthèse ici), mais nous n’avons jusqu’ici jamais discuté de nos divergences quant mode d’administration baptême. Les presbytériens pratiquement généralement le baptême par aspersion – quelques gouttelettes sur le front du catéchumène ou du nourrisson – tandis que les baptistes insistent généralement sur l’importance de l’immersion.

Bien sûr, de chaque côté du spectre, plusieurs acteurs font preuve d’une certaine souplesse (c’est mon cas, je pense !). Mais peut-on trancher d’une manière ou d’une autre sur cette question ? À mon humble avis, oui ! Mais pas forcément de la façon péremptoire dont certains baptistes ont pris l’habitude de le faire…

 

Le mauvais argument baptiste

Dans les cercles pratiquant le baptême de professants, on insiste (trop) souvent sur le fait que le verbe baptizo, si souvent associé à la pratique du baptême, signifie littéralement « immerger ». Cependant, l’argument lexicographique est contesté (voir par exemple ce qu’en dit John Murray).

D’une part, l’immersion n’est pas le seul sens de baptizo (et, bien entendu, certains presbytériens contestent même que ce soit l’un des ses sens !). De l’autre, dans le Nouveau Testament, ce verbe et ses dérivés peuvent désigner le lavement des coupes ou certaines ablutions rituelles (voir par ex. Marc 7:4; Hé 9:10).

Cet argument lexicographique ne peut régler la question, et même s’il est encore très populaire dans les milieux baptistes, il ne devrait pas être retenu.

 

 

Autres indices tirés du Nouveau Testament

Au-delà de ces considérations lexicographiques, certains indices du Nouveau Testament suggèrent que le baptême n’était pas administrée par aspersion. Sur les douze occurrences de baptêmes dans le Nouveau Testament, deux mentionnent le type de point d’eau ayant servi au baptême :

  • Dans le premier, le baptême de l’eunuque éthiopien (Actes 8.36-39), c’est la rencontre d’un point d’eau qui constitue l’occasion (cf. v36). Apparement, les gourdes que le ministre de la reine Candace avait très certainement à disposition ne suffisaient pas. Le fait que Philippe et l’eunuque descendent ensemble dans l’eau puis en remontent semblent d’avantage s’accorder avec une submersion ou une immersion partielle plutôt qu’avec une affusion ou une aspersion (pour comprendre ce que j’entends par ces termes, voir les schémas ci-joint).
  • Dans le deuxième, Lydie et sa « maison » sont baptisés dans la rivière où se trouvait le lieu de prière de la ville de Philippe (Actes 16.13-15), sans plus d’indication.

Ces indices sont maigres, mais ils semblent exclure l’aspersion de l’éventail des pratiques apostoliques, en tout cas dans le cas de l’éthiopien.

 

 

L’argument de la Didachè

J’estime que l’histoire de l’Eglise primitive est déterminante et favorise l’immersion, totale ou partielle, par rapport à l’aspersion. L’un des textes extra-canoniques les plus anciens, la Didachè, contient quelques informations intéressantes.  Les lignes qui suivent sont adaptés de mon livre, Je répandrai sur vous une eau pure (p.130-131).

Le didachiste se soucie du mode d’administration du baptême : il faut que celui-ci soit réalisé dans de « l’eau vive » (hydōr zōn), un sémitisme désignant une eau de source fraîche et abondante. Rien n’indique que celle-ci doive être puisée, et il semble plutôt que l’expression désigne de l’eau naturelle, celle de rivières ou de lacs, par opposition à l’eau stagnante d’une citerne, d’un bassin, ou d’un autre récipient.

Si l’accès à l’eau naturelle n’est pas possible, celui qui administre le baptême dispose d’autres solutions. Il doit toutefois préférer l’eau « froide » (psychros), c’est à dire fraîchement puisée. S’il n’en a pas à disposition, il peut se rabattre sur de l’eau « chaude » (thermos), probablement de l’eau de citerne à température ambiante. Dans le cas où l’eau ne serait pas disponible en quantité suffisante, l’affusion (et peut-être l’aspersion) est possible sans que la validité du baptême n’en soit affectée. Il demeure que le baptême ne semble être envisagé qu’en plein air, de préférence à proximité de la source d’eau.

En « mode normal », donc, il semble que le didachiste associe clairement le baptême à une pratique immersive.

 

 

Que conclure ?

Les données du Nouveau Testament et de l’Eglise primitive semblent faire pencher la balance en faveur de l’immersion. Etait-elle partielle ? Etait-ce une forme du submersion ? Difficile à dire. Dans tous les cas, l’aspersion ne semble pas constituer le « mode normal » de baptême durant les deux premiers siècles de notre ère. On notera d’ailleurs que de nombreuses dénominations attachées au pédobaptisme pratiquent encore de nos jours l’immersion des nourrissons.

Sur la base de la Didachè, les baptistes ne devraient pas considérer qu’un baptême par aspersion est automatiquement invalide. À mon humble avis, s’il a été réalisé dans des dispositions trinitaires et sur la base d’une profession de foi du catéchumène, l’Eglise doit le recevoir comme authentique et ne pas chercher à baptiser à nouveau le croyant.

 

 

 

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