« Car je connais les projets que j’ai formé sur vous » … en fait ce n’était pas pour vous

 

Vous connaissez ce verset, peut être même s’agit-il de celui que vous préférez : « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » (Jérémie 29.11, NEG79)

C’est à la fois l’un des textes bibliques les plus connus, mais également l’un des plus cités hors contexte. J’ai eu l’occasion d’écrire à ce sujet dans un ouvrage collectif récent (Hors Contexte, Clé, 2021) sous la direction de Samuel Perez (écoutez/regardez notre Coram Deo avec Samuel ici). Avec l’aimable accord des Éditions Clé, je vous propose de retrouver l’intégralité de ma contribution ci-dessous 😀

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Voici ce qu’écrit Joel Osteen, le célèbre télévangéliste américain, dans l’une de ses méditations quotidiennes sur le verset de Jérémie 29.11 :

« Dieu a créé chacun d’entre nous pour rencontrer le succès. Avant la fondation du monde, il a établi un plan précis pour votre vie. Dans ce plan, il a inscrit des moments-clés qui vont venir à votre rencontre. Ce ne sont pas des moments ordinaires : ce sont des moments qui changent votre destin. Ils sont conçus pour vous propulser des années en avant. […] Cela signifie que vous aurez l’opportunité de rencontrer les bonnes personnes, d’avancer dans votre carrière, et d’accomplir vos rêves. »

 

Comme beaucoup de prédicateurs défendant la « théologie de la prospérité », Osteen s’appuie très régulièrement sur Jérémie 29.11. Son interprétation, malheureusement, déconnecte complètement ce verset de son contexte immédiat. Car dans les faits, Jérémie 29.11 ne promet pas que Dieu ôtera de votre vie toute situation de souffrance ou qu’il dopera vos plans de carrière. A vrai dire, ce texte ne suggère même pas que Dieu a un plan pour chacun d’entre vous qui lisez ces lignes…

 

Mais dans ce cas, que dit ce verset ?

Le chapitre 29 du livre de Jérémie rend compte d’une correspondance diplomatique entre des juifs déportés à Babylone et d’autres qui étaient demeurés en Israël. On y retrouve au moins quatre lettres, dont deux envoyées d’Israël par le prophète Jérémie aux exilés. Le verset de Jérémie 29.11 se trouve au beau milieu du premier document (Jérémie 29.4-23).

Vers la fin du VIIème siècle avant J.C., Babylone s’impose comme la puissance dominante au Levant. Son empire s’élève sur les ruines de l’Assyrie et va rapidement s’étendre jusqu’aux frontières de l’Égypte, soumettant au passage le royaume de Juda une première fois autour de 597 av. J.C., puis une deuxième fois en 587/586 av. J.C. Ces deux défaites conduiront à deux déportations distinctes. Jérémie écrit sa première lettre peu de temps après la première déportation, à un moment où l’empire babylonien est fragilisé par une succession d’insurrections. Dans le même temps, de faux prophètes basés à Jérusalem et à Babylone prédisent la chute de l’empire et la fin de l’exil, soufflant ainsi sur les braises de la révolte dans laquelle certains exilés semblent avoir été impliqués (cf. Jérémie 28 ; 29.8-9, 20-21).

Cette lettre, c’est avant tout un message de la part de Dieu : d’emblée et par deux fois, Jérémie utilise l’expression classique « ainsi parle l’Éternel » (Jérémie 29.4, 8). Dieu a donc un message pour son peuple en exil, mais un rapide regard à l’ensemble de la missive suggère que sa visée première n’est pas l’encouragement. Même les « projets de paix et non de malheur » du verset 11 ont une tonalité négative, quand on les lit à la lumière des avertissements qui les entourent. Considérez les quatre affirmations divines qui précèdent la promesse de Jérémie 29.11

 

En premier lieu, c’est Dieu qui a mené les Israélites en captivité :

« Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël, à tous les captifs que j’ai emmenés de Jérusalem à Babylone » (Jérémie 29.4)
« Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité » (Jérémie 29.7)

L’exil fait partie des malédictions du Deutéronome (Deutéronome 28.32-33) que tous les enfants d’Israël connaissaient très bien. Le message est clair : les déportés ne sont pas à Babylone par hasard. Le malheur est venu eux à cause de leurs nombreuses transgressions, une réalité qu’ils ne devraient jamais oublier.

Deuxièmement, le peuple doit s’attendre à rester longtemps en exil :

« Bâtissez des maisons, et habitez-les ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits. Prenez des femmes, et engendrez des fils et des filles ; prenez des femmes pour vos fils, et donnez des maris à vos filles, afin qu’elles enfantent des fils et des filles ; multipliez là où vous êtes, et ne diminuez pas » (Jérémie 29.5-6)

Difficile d’être plus explicite : Dieu encourage les exilés à s’établir durablement à Babylone, car plusieurs générations vont passer avant qu’ils ne quittent ce lieu. Les Israélites doivent d’ailleurs « rechercher le bien de la ville » (Jérémie 29.7), car leur bonheur en dépend, preuve que leur captivité durera longtemps.

Troisièmement, Dieu les met solennellement en garde contre ces faux prophètes :

« Car ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël : Ne vous laissez pas tromper par vos prophètes qui sont au milieu de vous, et par vos devins, n’écoutez pas vos songeurs dont vous provoquez les songes ! Car c’est le mensonge qu’ils vous prophétisent en mon nom. Je ne les ai point envoyés, dit l’Eternel. » (Jérémie 29.8-9)

Les circonstances qui agitent l’empire Babylonien excitent l’imagination d’individus se prétendant prophètes. À Jérusalem, un dénommé Hanania prédit la fin de l’exil sous deux ans (cf. Jérémie 28), tandis qu’à Babylone, Achab et Sédécias « prophétisent le mensonge au nom de l’Éternel » (Jérémie 29.20-21). Dieu met son peuple en garde : ils ne doivent pas écouter ces hommes ; leurs « oracles » ne viennent pas de lui. Ils poussent les Israélites à la rébellion là où Dieu les appelle à l’humiliation. En laissant ces faux prophètes diffuser leur message, les Israélites ne font que persévérer dans les péchés qui les ont conduits en exil.

 

Finalement, Dieu les exhorte à la patience et à la confiance :  

« Dès que soixante-dix ans seront écoulés pour Babylone, je me souviendrai de vous, et j’accomplirai à votre égard ma bonne parole, en vous ramenant dans ce lieu. Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Eternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. » (Jérémie 29.10-11)

Ne nous y trompons pas, cette promesse divine n’a rien d’encourageant pour les destinataires de Jérémie : les faux prophètes proclament la délivrance et la restauration des déportés sous deux ans ; l’Éternel les avertit qu’ils resteront soixante-dix ans en captivité. Et pourtant, c’est une « bonne parole » ! Mais les cœurs incrédules ne peuvent saisir la portée des promesses divines. Sans la foi, elles ne sont d’aucun secours.

Pour les juifs, l’exil était en quelque sorte l’archétype de la malédiction. Mais en parallèle, le retour dans le pays promis était perçu comme la manifestation d’une grâce surabondante, une démonstration de la loyauté de Dieu pour le peuple de son alliance. Considérez par exemple cette prière de Salomon :

« Quand ton peuple d’Israël sera battu par l’ennemi, pour avoir péché contre toi, s’ils reviennent à toi et rendent gloire à ton nom, s’ils t’adressent des prières et des supplications dans cette maison, exauce-les des cieux, pardonne le péché de ton peuple d’Israël, et ramène-les dans le pays que tu as donné à leurs pères ! » (1 Rois 8.33-34)

Jérémie proclame que les projets bienveillants de Dieu sont en œuvre et qu’ils vont se réaliser pour les Israélites en exil. Mais ces derniers vont devoir attendre si longtemps que certains d’entre eux mourront en captivité… Pour ajouter à cette perception négative, le retour d’exil n’est jamais une promesse inconditionnelle : dans l’ensemble du livre de Jérémie comme dans le reste des Écritures, les Israélites sont appelés à s’humilier, à chercher la face de Dieu, et à obéir avec foi à ses commandements pour être restaurés.

 

Ainsi donc, Jérémie 29.11 est une promesse réservée à une partie du peuple d’Israël vivant au VIIème siècle avant Jésus-Christ qui vise à l’encourager à placer sa confiance en l’Éternel au milieu des souffrances, qui proclame que le plan de Dieu prendra forme dans le dépouillement, et que les projets de paix de l’Éternel mettront plusieurs générations à s’accomplir.

Cette promesse ne concerne pas directement les chrétiens du 21ème siècle. Elle leur rappelle cependant que Dieu n’est pas un distributeur de bien-être. C’est lui qui envoie les Israelites en exil, et c’est lui qui est également au contrôle de nos épreuves les plus dures. Il travaille aussi en nous par des circonstances inconfortables, des régressions sociales, et au travers de toutes les séquences douloureuses de notre vie. Au VIIème siècle avant Jésus-Christ, c’est par l’exil que Dieu travaillait au bien des Israélites. Aujourd’hui encore, l’épreuve demeure le crayon dont Dieu se sert pour tracer l’image de Christ plus distinctement en nous. Dans la souffrance comme dans l’abondance, ayons confiance.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.