Comment l’antinomisme a menacé la survie de l’ensemble de la Réforme protestante

 

J’ai le privilège de lire actuellement une copie du livre Le Christ et ses bienfaits, de Sinclair Ferguson (Éditions La Rochelle), un ouvrage qui ne sera disponible que mi-février (pré-commandez le ici). Ce petit ouvrage très profond et utile évalue les écueils de deux tendances théologiques contraires à l’Evangile et malheureusement fort répandues : le légalisme d’une part, et l’antinomisme de l’autre.

L’antinomisme est une position qui dénie tout rôle à la loi dans la vie chrétienne. Dans l’extrait ci-dessous, Ferguson explique comment cette erreur a constitué une menace directe pour la Réforme protestante :

Le terme « antinomien » prend sa source dans la réforme luthérienne. La théologie et les écrits du jeune Luther suivent d’une certaine manière son expérience spirituelle. À certains moments, il semble avoir clarifié ses positions au fur et à mesure qu’il écrivait. En particulier, le sentiment d’esclavage qu’il avait res- senti, suivi du sentiment de délivrance qui s’est emparé de lui, a marqué de son empreinte ses discours sur la condamnation de la loi de Dieu. La question herméneutique de base qui semble l’avoir guidé dans la lecture de la Bible consistait à se demander, pour chaque verset: est-ce la loi ou l’Évangile? Ce principe était pertinent, mais il pouvait aisément produire une distorsion qui a peut-être poussé Luther à caricaturer la loi en ennemi.

C’est dans ce contexte que son ami Johannes Agricola (1492- 1566) a poussé jusqu’à ses conséquences logiques le contraste radical entre la loi et l’Évangile – à savoir l’abolition de tout rôle de la loi dans la vie chrétienne. Il exposa son « antinomianisme » d’abord dans un débat avec Philippe Mélanchton et plus tard avec Luther lui-même. Dans les années 1530, Melanchton avait commencé à recourir à la notion de tertius usus legis : l’idée que la loi est un guide pour la vie chrétienne. En réaction, Agricola dénia tout rôle à la loi. Il devint ainsi un « antinomien » (anti = contre; nomos = loi), bien que plus tard il revînt sur ses premières vues.

Bien que le débat fût à l’origine interne, plusieurs chez les radicaux du mouvement anabaptiste prirent des positions extrême propres à menacer la stabilité et la réputation de la Réforme. Cela imprégna les Églises de la Réforme d’une sensibilité exacerbée et d’une peur atavique de tout antinomisme; toute théologie qui déconsidérait la loi était perçue comme le premier domino qui, s’il tombait, allait entrainer tout l’édifice dans sa chute.

Des vagues d’antinomianisme s’ensuivirent, de différentes sortes et à des degrés divers, qui ne cessèrent de battre les rives de la théologie réformée internationale tout au long du xviie siècle et au-delà.

 

Je vous encourage vivement à lire ce livre à paraître le 11 février 2021 !

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.