Pourquoi Jésus utilise-t-il sa salive pour guérir un sourd-muet ?

Mon épouse et moi-même lisons actuellement les « pensées exposées » (Expository Thoughts) de J.C. Ryle (1816-1900), le tout premier évêque anglican de Liverpool, sur l’évangile de Marc. Une pure merveille que nous ne pouvons que vous recommander si toutefois vous maîtrisez l’anglais (gratuitement consultable ici).

J’ai été particulièrement frappé par une note de bas de page alors que Ryle s’arrête sur la guérison de l’homme sourd qui a de la difficulté à parler (Mc 7.31-37). Ryle note un certain nombre d’applications concrètes sur ce que ce passage signifie, notamment dans une perspective eschatologique. Cependant, il se reconnaît incapable d’expliquer pourquoi Jésus a choisi de procéder d’une manière aussi singulière en mettant les doigts dans les oreilles du sourd et en lui touchant la langue avec sa propre salive, avant de lever les yeux au ciel, de soupirer, et de dire : « Ephphatha » (c’est-à-dire, « ouvre-toi », cf. Mc 7.33-34). Il ajoute cependant la note de bas de page suivante : 

La raison pour laquelle notre Seigneur a agi de la sorte pour accomplir ce miracle –cracher, regarder au ciel, et soupirer– est une question qui a rendu bien des commentateurs perplexes. Quelques observations de Luther, cependant, valent la peine d’être mentionnées :

« Ce soupir n’est pas arraché à Christ en raison de la langue et des oreilles de ce pauvre homme uniquement. Il s’agit plutôt d’un soupir général au sujet de toutes les langues et de toutes les oreilles –oui, de tous les cœurs, tous les corps, de toutes les âmes, et de tous les êtres humains depuis Adam jusqu’à ses derniers descendants. […] Notre Seigneur bien-aimé voyait bien quelle somme de souffrance et de tristesse serait occasionnée par les langues et par les oreilles. Car le plus grand mal infligé à la chrétienté n’est jamais venu de la mains des tyrans (je parle ici de persécutions, de meurtres, et d’orgueil à l’encontre de la Parole), mais de ce petit morceau de chair qui se trouve entre les mâchoires. Voilà ce qui inflige les plus grandes blessures au Royaume de Dieu. »

 

Je ne sais d’où cette citation de Luther provient (Ryle la tire apparemment d’un autre auteur n’ayant pas fourni la référence), mais je pense qu’elle saisit correctement le sens de ce miracle de Jésus. Ce mode opératoire est sans doute à rapprocher de celui de la guérison de l’aveugle de naissance (Jn 9), où Jésus utilise une fois de plus sa salive, cette fois pour faire de la boue et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle. Peut-être cette manière de procéder témoigne-t-elle d’une forme de re-création : les capacités déficientes de l’aveugle de Jean 9 et sans doute également de ce sourd étaient « de naissance » ; il fallait « créer » ces nouvelles capacités (d’ailleurs, certains n’hésitent pas à parler de création de pupille, au sujet de l’aveugle).

Quoi qu’il en soit, en Marc 7, la surdité et la difficulté à parler de cet homme rendent compte de la dépravation et de l’incapacité spirituelle des êtres humains dans leur ensemble. Il faut un acte spécial de Dieu pour nous rendre capable d’entendre sa Parole et pour pouvoir élever la voix vers lui. Cette typologie me paraît donc convenable, même si je maintiens une certaine prudence avec ce procédé interprétatif en général ! (voir ici)

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).