12 réflexions autour de la mort de George Floyd

Cet article a été posté il y a quelques jours sur ma page Facebook. Les 12 points ont été très légèrement modifiés

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Jusqu’ici, je me suis abstenu de réagir sur la mort de George Floyd. Cela m’a été reproché par plusieurs qui estiment que les circonstances présentes appellent nécessairement à une réaction immédiate. Pour autant, je ne m’en repens pas ; je suis même reconnaissant d’avoir pris le temps d’évaluer les faits et les différents développements de cette affaire.

Alors que mon collègue Pascal Denault et moi venons de publier un épisode de #CoramDeo avec le pasteur Virgil Jones, lui-même afro-américain (voir ici), il m’a paru approprié de clarifier mes pensées sur la mort de Floyd, sur le racisme en général, et sur la brutalité policière.

Voici douze réflexions personnelles sur cet évènement tragique.

(1) Le meurtre perpétré contre George Floyd est particulièrement ignoble. La palette d’émotions qu’il suscite en moi se rapproche de l’envie de vomir. L’acte en lui-même est répugnant ; il l’est d’autant plus par la qualité de celui qui l’a perpétré – un représentant de la force publique. Bien évidemment, je condamne sans réserve cette horreur

(2) Pour autant, au vu des données disponibles au moment où j’écris ces lignes, je ne peux affirmer avec certitude que ce crime procède de motivations racistes. Il est fort possible que ce soit le cas, mais nous devrions prendre garde de ne pas tirer des conclusions hâtives sous le coup de l’émotion

(3) J’ai vécu aux États-Unis suffisamment longtemps pour pouvoir affirmer que la société américaine est gangrénée par un problème historique de racisme, particulièrement entre noirs et blancs. Et je crois que les chrétiens américains, évangéliques ou non, devraient balayer devant leur porte : l’un des clivages les plus manifestes est celui qui existe encore entre « églises blanches » et « églises noires ». Comme le rappelle Virgil Jones dans le podcast ci-dessus, « le créneau de 11:00 à 12:00 le dimanche matin est l’un des moments où la société américaine est la plus divisée ».

(4) Ces choses étant dites, le racisme est présent dans toutes les sociétés de ce monde, occidentales ou non. Les pays et zones d’influences francophones ne sont pas épargnés par ce fléau.

(5) Le racisme est un péché grave, une faillite morale qui se manifeste en pensées, en paroles, ou en actes. Il procède d’un rejet de la justice de Dieu, justice qui s’est manifestée dans la condamnation de l’humanité en Adam. Celui qui fait montre d’une telle attitude raciste s’illusionne en pensant être meilleur que l’autre. Il vit alors dans un mensonge en détournant son regard de la profonde noirceur de son propre cœur. À cause du péché et de la culpabilité d’Adam qui affecte l’ensemble de l’humanité, il existe une propension au racisme dans le cœur de tout être humain. Prenez donc garde à vous-mêmes lorsque vous vous positionnez publiquement contre le racisme : ce péché se couche à votre porte et ses désirs se portent également sur vous. Dénoncez-le en prenant bien garde de ne pas y tomber vous-même

(6) Je ne crois pas que le racisme soit monodirectionnel, comme certains tentent de l’affirmer jusque dans les cercles évangéliques. Pour être plus spécifique, je ne crois pas que le racisme soit exclusivement perpétré par des blancs contre des noirs. Je pense qu’il est multidirectionnel – toutes les ethnies sont concernées – et que ses racines historiques sont profondes. L’antisémitisme par exemple est une forme de racisme. Je crois également qu’il existe des individus issus de minorités qui entretiennent une forme de racisme contre d’autres minorités ou contre des blancs.

(7) Les membres de certaines corporations ou de certaines institutions sont davantage enclins au racisme que d’autres. J’estime tout à fait possible que les policiers le soient. Pour autant, je me refuse à toute forme de généralisation. Ce qui est sûr, c’est que le racisme dans la police, quand il existe, produit des conséquences particulièrement fâcheuses et doit être traité avec la plus grande sévérité.

(8) Je conteste l’existence d’un racisme systémique dans les institutions publiques françaises. Je conteste les parallèles trop étroits que certains établissent entre les contextes français et américains. Ceux qui communiquent de la sorte le font soit par ignorance, soit pour satisfaire à un agenda politique auquel je ne souscris pas

(9) De ce que j’ai pu voir en banlieue française, les contrôles au faciès existent. Je reconnais que ceux qui en sont l’objet peuvent légitimement se sentir victimes d’une profonde injustice. Certains de mes amis souffrent encore de ce phénomène. Je crois qu’il existe des explications sociologiques très concrètes à cet état de fait, mais cela ne confère pas la moindre légitimité aux abus qui ont lieu chaque année

(10) La brutalité policière existe en France, j’en ai été témoin. Cependant, l’usage proportionné de la force publique est un sujet particulièrement délicat, et le concept même de réponse proportionnelle fait l’objet d’interprétations diverses. J’ai traité de ce sujet plus en détail ici, si cela vous intéresse.

(11) Clairement, certaines minorités ont davantage de difficulté à trouver un travail ou un logement. Les discriminations existent, et elles ne sont d’ailleurs pas exclusivement racistes (handicap, femmes, etc.). Je reconnais qu’en tant qu’homme blanc, je n’ai jamais rencontré de tels problèmes dans le monde occidental

(12) Ainsi donc, le chrétien, quelle que soit sa couleur de peau, est appelé à lutter contre toutes les formes de racisme ou discrimination, à commencer par celles qui existent dans son cœur. Il est appelé à prendre position de manière concrète quand il est témoin direct de tels actes. En parallèle, il doit lutter contre toute exagération ou exploitation abusive de ce phénomène, quelle qu’en soient les motivations

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.