Pourquoi le livre de Ruth… s’appelle-t-il Ruth ?

 

Pourquoi donc le livre de Ruth s’intitule-t-il ainsi ? Ce nom propre revient douze fois dans le livre, mais il est absent du reste du canon à l’exception de la généalogie de Jésus (Mt 1.5).

La singularité de ce titre ne saurait être ignorée. Tout d’abord, Ruth n’est pas Israélite mais Moabite, un point rappelé à maintes reprises tout au long du récit (1.22 ; 2.2 ; 4.5, 10 ; etc.). Il s’agit donc du seul livre nommé d’après un personnage non israélite dans l’ensemble de l’Ancien Testament. Ce fait est d’autant plus remarquable que les moabites étaient de facto exclus de l’assemblée d’Israël depuis l’épisode de la convocation de Balaam, comme le rappelle Dt 23.3-4 :

L’Ammonite et le Moabite n’entreront point dans l’assemblée de YHWH, même à la dixième génération et à perpétuité, parce qu’ils ne sont pas venus au-devant de vous avec du pain et de l’eau, sur le chemin, lors de votre sortie d’Egypte, et parce qu’ils ont fait venir contre toi à prix d’argent Balaam, fils de Beor, de Pethor en Mésopotamie, pour qu’il te maudisse.

 

D’autre part, malgré son importance dans les chapitres 2 et 3, le personnage de Ruth n’est jamais réellement au premier plan de l’intrigue. Le chapitre 1 insiste davantage sur la détresse de Naomi, tandis que le chapitre 4 décrit la résolution de cette crise sans faire même mention du rôle actif de la moabite dans les chapitres qui précèdent. Dans l’ensemble du chapitre 4, le narrateur semble volontairement placer Ruth a second plan, au point que c’est Naomi qui élève son enfant et qui reçoit à ce titre les louanges des femmes de la ville (« Un fils est né à Naomi ! », cf. 4.16-17). Block (The Book of Ruth, 2015, p. 32-33) relève également l’importance des séquences de discours dans l’ensemble du livre, mais il note que Ruth parle moins que les autres protagonistes et que ses interventions sont les plus succinctes.

Ce titre souligne donc l’aspect le plus déroutant du récit pour les premiers lecteurs : le fait qu’une femme, qui plus est moabite, soit intégrée au peuple de l’alliance malgré l’exclusion irrémédiable dont son propre peuple était frappé et qu’elle devienne ainsi l’ancêtre biologique du plus grand roi qu’Israël ait connu : David (Ruth 4.22).

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Docteur en théologie (Ph.D., University of Aberdeen, 2021), il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie et est l'heureux papa de Jules et de Maël