Six facettes problématiques de notre colère

 

J’exposais hier le texte de Ja 1.19-21, dans lequel Jacques dit notamment que « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu » (voir ici). Parce que le texte en questions se focalise sur les aspects les plus négatifs de la colère, il ne se prêtait pas à une définition plus générale. Voici un extrait du livre de David Powlison, Chrétien en colère, pour initier cette discussion.

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Quelle image ou expérience vous viennent à l’esprit quand vous entendez les mots : « Il est en colère» ou: «Elle est en colère» ou: «Je suis en colère»? Qu’associez-vous à ces expressions? Pensez-vous à un échange hostile entre deux personnes ? Une expression faciale particulière, des mots durs, de la violence? Un sentiment puissant qui vous consume ? Votre façon de réagir craintivement à une personne en colère ? Une foule de protestataires en colère ? Quelle est votre association d’idées ?

Voici six longueurs d’onde courantes dans le spectre de la mauvaise colère. Peut-être que l’une d’entre elles correspond à ce que vous ressentez.

• L’irritabilité c’est la colère en état d’alerte. Vivez-vous ou travaillez-vous avec une personne qui explose facilement ? Êtes-vous habituellement de mauvaise humeur, maussade, grincheux ?

• La dispute c’est le désagréable « il a dit, elle a dit » des frictions interpersonnelles. La colère est une émotion qui s’épanouit dans les conflits interpersonnels, et il faut être deux pour se battre. L’idée de querelle est-elle votre première association d’idées ?

• L’amertume décrit la colère qui perdure longtemps, très longtemps. Les gens vont puiser dans d’anciennes blessures et entretiennent griefs et rancune. Ils ne parviennent pas à les enterrer.

• La violence décrit la destructivité d’un comportement colérique. La colère attaque, blesse, détruit et même tue, trouvant son plaisir à faire souffrir.

• La colère passive se cache derrière des apparences, parfois même dans l’inconscient. Aussi longtemps qu’elle reste indétectable par la personne qui est en colère, elle ne peut être traitée. Elle n’est pas sans effets annexes pour autant : dépression, léthargie et pessimisme ont leur origine dans la colère passive.

• La colère arrogante apprécie le sentiment de puissance qu’une personne connaît lorsqu’elle nourrit ses griefs, donne libre cours à une émotion honnête et lui permet de s’exprimer librement. Ça fait du bien de dire les choses, et on obtient très souvent des résultats !

 

Chacun de ces six problèmes revêt une grande importance. La colère éclate trop rapidement, détruit trop de relations, brûle trop longtemps, provoque trop de souffrances, se cache trop bien et fait trop de bien.

Mais la liste des problèmes liés à la colère ne s’arrête pas là. Qu’ont-ils en commun? Qu’est-ce qui les relie entre eux?

Ces manifestations de la colère ne sauraient en être l’essence. Ce ne sont que certaines versions déformées, des expressions mal orientées de quelque chose de plus profond. Ces problèmes souillent quelque chose qui est intrinsèque à la nature humaine mais qui peut être corrigé.

Nous devons donc mettre en lumière une définition plus profonde. Alors seulement, nous pourrons cultiver une nouvelle association d’idées avec la colère qui fonctionnera comme elle le devrait. Une bonne colère agira de manière constructive en présence du mal. Alors seulement nous pourrons attaquer le problème mentionné précédemment, la colère inexistante, celle qui n’est pas provoquée quand bien même de mauvaises choses se produisent réellement, sous prétexte qu’il est plus facile de rester indifférent et détaché.

Les problèmes qui surgissent ne sont pas l’ADN essentiel de la colère. Ce sont des mutations et des perversions. Nous devons comprendre ce qu’est réellement la colère pour pouvoir en expliquer ses formes mutantes, celles qui constituent en réalité 99 pour cent de la colère exprimée dans les relations interpersonnelles.

 

Alors, qu’est-ce que la colère ? Quel est le fil qui unit toutes les formes de la colère, les bonnes comme les mauvaises ?

Au cœur, la colère est quelque chose de très simple. Elle clame : « Je suis contre cela. » C’est une attitude active que l’on adopte en opposition à quelque chose que l’on estime important et mauvais. On remarque quelque chose, on l’évalue, puis on déclare : « C’est important… et ce n’est pas juste.» On fait face à quelque chose qui, dans notre univers, dépasse les limites permises. La colère manifeste l’énergie de votre réaction à quelque chose que vous trouvez offensant et que vous souhaitez éliminer.

L’ADN de la colère, ce n’est pas un pic prononcé d’émotion, ni une poussée d’adrénaline. Ce n’est pas une manière d’exprimer la colère. Ce n’est pas le type d’événements ou de personnes qui vous font réagir. Ce n’est pas le fait de se disputer. L’essence de la colère c’est l’évaluation négative que vous faites : un mécontentement actif face à quelque chose de suffisamment important pour s’en soucier.

Les êtres humains viennent au monde avec la capacité de réagir par le mécontentement lorsqu’ils sont face à des torts réels, et d’agir avec vigueur pour changer le mal en bien. Autrement dit, nous sommes des êtres moraux. Nous sommes faits à l’image de Dieu. Nous sommes donc faits de manière à fonctionner selon la logique de la colère: «C’est important, et c’est mauvais. Cela me déplaît, et je m’y oppose. Je dois corriger le mal, l’ôter, le détruire.» Au cœur de la situation il y a une chose importante qui n’est pas ce qu’elle devrait être, et je suis poussé à agir.

La colère est liée au mécontentement. Si vous êtes satisfait, content de quelque chose, il vous est impossible de ressentir de la colère. Vous approuvez, et personne n’a subi de tort. Il en est de même devant quelque chose qui n’a pas d’importance à vos yeux, ou que vous ne remarquez même pas. Pas de colère. Vous n’êtes pas offensé. Mais dans chaque situation qui provoque une forme de colère, nous avons évalué ce qui s’est produit. Nous nous sommes sentis concernés, nous avons adopté une attitude de critique, de juge, d’activiste, d’ennemi, de plaignant: «Je réprouve. C’est mal. Je suis offensé. Je veux régler la chose, ou m’en débarrasser. »

Cette capacité à évaluer sous-tend nos associations les plus étroites avec la colère. Chaque incident partage trois éléments en commun :

1- J’identifie un certain tort ressenti.

2- J’adopte une position de désapprobation et j’éprouve du mécontentement.

3- D’une certaine manière, je suis poussé à l’action – à dire ou faire quelque chose en rapport avec la circonstance. (Il y a au moins l’implication d’une possible action.)

 

Toutes nos associations avec la colère, ce que chacun de nous perçoit comme « colère », ne sont que des variations sur ce thème.

Si tel est l’ADN, alors la colère se situe par nature dans le registre du « jugement ». Tout le reste est variable. La découverte du dénominateur commun vous permet d’être plus souple avec toutes les autres variables. Et cela vous aide à aller droit au but pour proposer des solutions.

Considérons la gamme complète des émotions possibles en lien avec la colère. À une extrémité du spectre, il y a les colères qui expriment l’irritation soudaine ou une protestation modérée. À l’autre extrémité, la colère peut prendre la forme d’une colère fulminante ou d’une recherche de vengeance qui consumera toute une vie. Mais que le séisme soit modéré ou violent sur l’échelle émotionnelle de Richter, le dénominateur commun agit intérieu- rement. Le degré d’importance que vous accordez à une chose augmentera ou atténuera le feu émotionnel. Mais une protestation passagère, une dispute verbale, une amertume cultivée ou une frénésie meurtrière, ont tous en commun le même ADN de colère.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.