Trois questions à se poser pour étudier ou prêcher les généalogies bibliques

Article de Scott Slayton publié sur le blog de théologie pratique de la faculté SBTS, Southern Equip. Traduction : Guillaume Bourin

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Dans une culture façonnée par l’accès infini au divertissement, l’idée d’un sermon sur une généalogie biblique sonne de manière étrange. Nombre de croyants, même parmi les plus matures,  sautent ces passages dans leur lecture personnelle ou se découragent lorsqu’ils essaient de les lire. Il est donc peu probable qu’un pasteur suscite l’effervescence en annonçant que le sermon de la semaine prochaine portera sur une liste de noms.

Cependant, puisque c’est l’Écriture que nous prêchons, nous devons réaffirmer notre conviction qu’elle est entièrement inspirée. Et puisque même les listes généalogiques sont la Parole de Dieu, nous pouvons être certains que ces passages nous dévoilent son caractère, révèlent l’œuvre du Christ, et nous façonnent pour que nous puissions le suivre.

 

Trois questions à se poser

La première tâche de tout prédicateur est de découvrir l’intention de l’auteur du texte qu’il entend exposer. Nous savons que les auteurs bibliques, sous l’inspiration du Saint-Esprit, ont écrit en utilisant un vocabulaire qu’ils maîtrisaient, et qu’ils étaient marqués par leurs propres expériences et par leurs propres arrière-plans. C’est en fonction de ces données qu’ils ont développé leurs arguments. La façon la plus sûre de saisir l’argument principal de l’auteur est de commencer par s’interroger au sujet du texte. En soulevant les bonnes questions, en examinant chaque détail, nous pouvons « forer sous la surface » et découvrir certains indices qui révèlent le message de l’auteur.

Il existe trois questions spécifiques à se poser pour aller au cœur des généalogies, pour prêcher l’évangile et pour participer à l’édification du peuple de Dieu à travers elles.

 

 

1- Comment cette généalogie s’inscrit-elle dans la logique de l’auteur ?

La première priorité est de comprendre comment l’auteur utilise la généalogie. Il peut s’en servir pour contraster deux lignées différentes, comme par exemple dans le cas des familles de Caïn et de Seth (Gn 4-5). La lignée de Caïn débute et se termine avec un meurtrier. Elle s’éteint avec le déluge. Mais la lignée de Seth mène à Noé, un juste qui reçoit la grâce de Dieu et qui préserve l’humanité par l’obéissance.

Nous devrions également évaluer le type de généalogie – car il y en a plusieurs. Ils présentent généralement des points de vue différents. Dans Genèse 10, l’auteur retrace les descendants de Noé en nommant chaque fils, les fils de ces fils, puis les fils des fils de leurs fils, et ainsi de suite. Cette « Table des nations » s’étend jusqu’à Térah, le père d’Abram. Saisir les différents types de généalogie nous permet d’avoir un aperçu de l’intention de l’auteur.

 

 

2- Comment accomplit-elle les promesses de Dieu ?

Quand vous lisez la Bible depuis des années, vous pouvez oublier à quel point les promesses sont audacieuses. Dieu prend un vieil homme sans enfants et une vieille femme stérile et leur dit qu’ils engendreront une grande nation. Avec l’avantage certain de connaître la fin de l’histoire, nous sommes surpris du manque de foi d’Abraham qui essaye d’obtenir un descendant au travers d’Agar et en mentant par deux fois sur le fait que Sarah est sa femme. Mais si nous nous mettons à la place d’Abraham, nous nous rendons compte à quel point cette promesse est folle. C’est donc avec un certain étonnement que nous devrions donc lire les généalogies ultérieures dans Genèse et Nombres.

La liste des personnes venues avec Jacob en Égypte (Gn 46.8-27) montre qu’en quelques générations seulement, le Seigneur a élargi la famille d’Abraham d’une manière qui semblait impossible en Genèse 18. Le dénombrement du peuple de Dieu pendant la période d’errance dans le désert suggère que, bien qu’ils ne soient pas encore innombrables comme les étoiles dans le ciel, Dieu a fait d’Abraham une grande nation mais n’a pas fini d’accomplir cette promesse envers lui et ses descendants (Nb 1-4.)

La généalogie de Matthieu 1 lie la naissance du Christ à Abraham et à David. Que cette généalogie passe d’Abraham à David puis par le retour d’exil n’est pas un hasard. Matthieu commence avec Abraham, par qui Dieu a promis de bénir tous les peuples de la terre, et termine ensuite par le commandement du Christ de faire de toutes les nations des disciples (Mt 28.18-20). Et en mentionnant David au début de la généalogie, Matthieu signale que Jésus est le Roi tant attendu qui sera assis sur le trône pour toujours.

 

 

3- Quelles étincelles de grâce y voyons-nous ?

Quand nous lisons les généalogies, nous ne devrions pas être surpris de voir Dieu tenir ses promesses. C’est ce qu’il fait toujours. Les généalogies révèlent également que Dieu montre sa grâce d’une manière surprenante pour un lecteur du premier siècle.

La généalogie de Matthieu 1, par exemple, montre la grâce de Dieu dans des lieux inattendus. Il mentionne quatre femmes : Tamar, Rahab, Ruth et Bath-Schéba, qu’il appelle « la femme d’Urie ». Concentrons-nous sur Rahab et Ruth – toutes deux nées en dehors de la lignée d’Abraham. Comparez ces femmes avec toutes les autres que Matthieu aurait potentiellement pu inclure. Il ne mentionne pas Sarah ou Rebecca, qui jouent pourtant un rôle important dans le récit de la Genèse. Au lieu de cela, il y place Rahab, la prostituée de Jéricho qui avait entendu que Dieu avait miraculeusement délivré Israël d’Egypte. Elle cacha les espions et les fit échapper discrètement de la ville (Josué 2). Puis il se concentre sur Ruth, la veuve Moabite qui avait fait preuve de fidélité envers sa belle-mère et qui a reçu la bénédiction divine au travers de son rachat par Boaz.

Dans les deux cas, nous voyons Dieu manifester sa grâce à des étrangers dont l’arrière-plan était loin d’être sans tâche. Josué identifie Rahab par sa vocation peu reluisante, et Ruth descend d’un peuple qui doit son origine à l’ivresse, à la tromperie et à l’inceste de Lot (Gn 19). Le fait que ces deux femmes non-israélites soient mentionnées dans la généalogie du Seigneur Jésus montre l’immense grâce divine qui accueille des étrangers dans sa famille.

 

 

Prêchez-les

Certes, les généalogies challengent aussi bien le lecteur que le prédicateur de la Bible,  mais elles ouvrent également la voie à une meilleure compréhension de sa macro-structure, à une plus grande confiance dans les promesses de Dieu et à une meilleure appréciation de sa grâce. Comme toutes les autres Écritures, les généalogies sont marquées du sceau de l’inspiration divine et nous équipent pour que nos pratiquions les bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour nous !

Il suffit d’aiguiser notre regard les yeux pour le voir.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).