Qu’est-ce que la « couronne de vie » que le Seigneur promet à ceux qui l’aiment ? (Jacques 1.12)

 

Je poursuivais hier ma série sur l’épître de Jacques en exposant le texte de Jc 1.12-15, dans lequel est mentionnée la « couronne de vie » que Dieu promet à ceux qui l’aiment (Jc 1.12). J’ai rapidement écarté l’idée que cette image fasse référence à la « doctrine des récompenses » en expliquant qu’il s’agit d’une métaphore pour désigner la vie éternelle. Et puisque notre vie est « avec Christ » (Col 3.3) et qu’il est lui-même la vie éternelle (Jn 5.26 ; 14.20), je n’ai pas hésité à conclure que notre récompense ultime, c’est Christ !

Suite à ma prédication, mon ami Rob m’a demandé de justifier cette conclusion, ce que je fais bien volontiers dans cet article.

 

 

Une couronne ?

Pour la majeure partie d’entre nous, le mot « couronne » (stephanos) évoque l’ornement serti de pierres précieuses porté par les rois et les reines. Mais pour les premiers lecteurs de Jacques, il fait référence à la couronne de laurier donnée aux vainqueurs lors des concours sportifs pentétériques de la Grèce Antique (les jeux olympiques, isthmiques, ou néméens). Paul utilise ce mot de cette manière en 1 Co 9.25 : « Tous ceux qui [prennent part aux jeux] s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible ».

C’est probablement cette même image à laquelle Jacques fait appel. Elle associe la récompense des croyants qui restent fidèles à Dieu tout au long de la course de la vie à celle des athlètes antiques qui obtenaient la victoire à force d’entrainements, de discipline, et de maintes privations. La métaphore de la couronne était donc bien connue des auteurs du Nouveau Testament, et il semble qu’elle soit directement tirée de la littérature apocalyptique juive (cf. par ex. Sagesse de Salomon 5.15)

 

 

 

Quelle récompense ?

Mais de quelle récompense s’agit-il exactement ? Peter H. Davids (James, 80) relève que les occurrences extra-bibliques de cette métaphore désignent toutes « la récompense éternelle en général ». Il semble que l’expression « couronne de vie » (ton stephanon tēs zōēs) implique un arrangement epéxégétique, autrement dit la deuxième partie de la clause vise à expliquer la première. Doug Moo (James, 70 n36) suggère une traduction qui reflète cette option grammaticale : « …il recevra la couronne, c’est à dire la vie ». En soi, la référence à « la vie » n’est pas particulièrement spécifique. Dans le contexte, il est peu probable que Jacques ait voulu indiquer à ses lecteurs autre chose que la vie éternelle.

Le passage le plus proche de Jc 1.12 se trouve en Ap 2.10. Il contient exactement la même métaphore : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ». G.K Beale, dans son extraordinaire commentaire sur l’Apocalypse de Jean, l’explique ainsi :

La continuité de la promesse du v.10 (« je te donnerai la couronne de vie ») au v.11 (« celui qui vaincra n’aura pas à souffrir la seconde mort ») montre clairement que la « couronne de vie » est une métaphore désignant la vie éternelle. Christ promet aux chrétiens qu’ils « n’auront pas à souffrir la seconde mort » s’ils « surmontent » la tentation du compromis face à la persécution qui les menace (cf. Mt 10.28 ; Luc 12.4-5). En d’autres termes, ils n’auront pas à subir le jugement final. Tous ceux qui, à Smyrne, allaient traverser cette épreuve incroyablement dure allaient faire face à la mort. Pourtant, même leur apparente défaite dans la mort sous l’autorité de la « couronne » romaine n’a pour autre signification que leur « victoire de vie » et l’héritage d’une « couronne » céleste (v. 10). Cette couronne est le signe de leur participation à la victoire et à la domination de Christ. Le génitif tēs zōēs (« de la vie ») au v. 10 est soit une apposition à la « couronne », soit il en explique la nature.

 

La récompense promise à ceux qui aime Dieu est bien la vie éternelle. Et notre vie éternelle, c’est Christ.

 

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.