Comment les langues bibliques originales peuvent régler la question des châtiments corporels

 

J’ai eu le privilège de participer de loin au projet de traduction de la grammaire hébraïque de Miles V. Van Pelt en Français (pour vous la procurer, c’est ici) notamment en proposant une réflexion exégétique sur Genèse 4.7. Matthieu Caron, qui coordonnait la traduction, a eu l’occasion de synthétiser sa position au sujet de la punition corporelle dans le livre des Proverbes. A l’occasion de la sortie de cette méthode d’hébreu en France, je vous propose de retrouver ci-dessous la position de Matthieu.

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L’apprentissage des langues bibliques originales est souvent considérée à partir de deux perspectives erronées. La première est de penser que sa maîtrise est l’apanage des experts et réservée à une élite composée des spécialistes dans le domaine. La deuxième est de croire que sa maîtrise n’apporte aucun avantage pratique, mais uniquement des platitudes académiques ou des informations très techniques qui sont inutiles à la vie chrétienne d’un enfant de Dieu.

Notre désir est de démentir ces deux croyances que nous considérons comme fondamentalement erronées. En réalité, durant l’histoire de l’église, un grand nombre de croyants qui n’étaient pas du tout des experts ont appris les langues bibliques originales tout simplement par désir d’approfondissement biblique. Plusieurs étaient des hommes et des femmes de terrain qui n’avait aucune position académique et qui ont appris avec succès les langues bibliques originales sans ordinateur et sans internet. Il est important avant d’aller plus loin de rappeler que la connaissance des langues originales n’est pas nécessaire pour qu’un croyant comprenne sa Bible. L’apprentissage des langues est uniquement une manière d’approfondir l’étude de la Parole de Dieu, cela n’apporte pas un nouveau sens, mais donne simplement davantage de clarté et de précision.

En tant que conseiller biblique, les langues originales m’ont souvent aidé à saisir des subtilités qui sont pertinentes et utiles pour que les croyants que j’accompagnais à un moment ou un autre puissent plus facilement s’approprier une promesse des Écritures ou saisir plus précisément une consolation du Seigneur. Parfois, la connaissance des langues biblique originales permet de redonner un plus grande simplicité à des textes, qui sinon semblent compliqués en raison de la traduction d’expressions idiomatiques qui n’ont pas d’équivalents exacts en français.

Un bon exemple de l’utilité des langues originales est illustré quand l’on considère le sujet de la discipline parentale envers les enfants. Il y a six passages dans le livre des Proverbes qui sont souvent compris comme prescrivant la punition corporelle pour l’éducation des enfants, souvent appelée la fessée. Les hébraïsants connaissent bien ces passages et sont familiers avec le fait qu’il existe deux manières complètement différentes de comprendre ces passages. Les implications pratiques d’une bonne compréhension de ces textes est très importante.

 

5 passages traitant potentiellement de la punition corporelle

• « Sur les lèvres de l’homme intelligent se trouve la sagesse, Mais la verge est pour le dos de celui qui est dépourvu de sens. »
Proverbes 10.13

• « Celui qui ménage sa verge hait son fils, Mais celui qui l’aime cherche à le corriger. »
Proverbes 13.24

• « Châtie ton fils, car il y a encore de l’espérance; Mais ne désire point le faire mourir. »
Proverbes 19.18

• « La folie est attachée au coeur de l’enfant; La verge de la correction l’éloignera de lui. »
Proverbes 22.15

• « N’épargne pas la correction à l’enfant; Si tu le frappes de la verge, il ne mourra point. En le frappant de la verge, Tu délivres son âme du séjour des morts. »
Proverbes 23.13-14

La plupart des ouvrages populaires sur le sujet ne proposent que la position affirmant que ces passages prescrivent la punition corporelle. Il faut aller dans les publications plus techniques qui explorent l’exégèse de ces textes dans les langues originales pour prendre connaissance de l’autre position.

7 raisons pour lesquelles cette approche n’est pas recevable

Voici en résumé les sept raisons pour lesquelles plusieurs hébraïsants croient que la Bible n’enseigne pas la punition corporelle :

(1) Seuls cinq passages (six versets) dans le livre des Proverbes peuvent suggérer (à tort, à mon avis) une telle pratique.

(2) Le mot verge (shebet) ne réfère pas à un bâton punitif dans la Bible, mais plutôt au sceptre du roi ou au bâton du berger (celui qui rassure dans le psaume 23).

(3) Le mot enfant (nahar) utilisé dans les cinq passages des Proverbes traitant de la verge réfère à un jeune homme (15-30 ans), on comprend un jeune homme non-marié. De plus, les autres endroits dans le livre des Proverbes où le terme nahar est utilisé ne peuvent définitivement pas être utilisés pour un enfant de ַ7-8 ans en raison de la maturité requise pour comprendre les sujets (adultère, marier la bonne épouse, honnêteté en affaires, économiser de l’argent, etc.)

(4) Depuis plus de deux mille ans, les juifs n’ont majoritairement jamais compris ces cinq passages comme prescrivant la punition corporelle, mais plutôt comme une expression idiomatique non-prescriptive. Une simple consultation du Talmud permet de vérifier cette assertion. Par exemple, le talmud interdisait de frapper un enfant de moins de 6 ans. Jamais le talmud n’aurait accepté une telle prohibition si les rabbins avaient historiquement compris dans les cinq passages des Proverbes une quelconque prescription. Plusieurs références rabbiniques suggèrent que les juifs n’ont jamais compris les six versets des Proverbes comme enseignant la punition corporelle. Chose intéressante, le talmud permet la punition corporelle, sans la prescrire, mais interdit toutefois l’usage de la verge. Le talmud enseigne de ne pas utiliser la verge pour la punition corporelle, mais a plutôt d’autres moyens.

(5) Le mot « dos » (ְlegen) utilisé dans les cinq passages des Proverbes traitant de la verge ne se fait pas référence aux fesses (shetoteihem).

(6) Hébreux 12.5-6 ne réfère pas nécessairement à une punition physique.

(7) Dans l’Ancien Testament, les châtiments de coups de bâton devaient toujours être soigneusement comptés. Il serait donc peu plausible que la seule exception où il y a une prescription de châtiment corporel non quantifié soit pour des enfants!

La punition corporelle n’est donc pas, selon l’interprétation de plusieurs hébraïsants, la plus cohérente avec le contexte des Proverbes, puisque les Proverbes sont axés sur la réflexion et la recherche de la sagesse. Les Proverbes sont axés sur la guidance vers la bonne route.

Le but premier de cette réflexion n’est pas de faire la promotion d’une position exégétique sur l’éducation des enfants, mais plutôt de souligner et mettre en relief à quel point une connaissance de base des langues bibliques originales bonifie l’étude des Saintes Écritures et ouvre la porte à des réflexions très importantes et aussi concrètes et pragmatiques que l’éducation des enfants. Puisse l’apprentissage des langues biblique originales, particulièrement l’hébreu ancien, être une grande bénédiction pour votre vie et combler vos cœurs de la joie de Dieu.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.