Peut-on prier le Saint-Esprit ?

C’est une question qui revient souvent, probablement parce qu’il n’existe aucun exemple positif de telle prière dans les Ecritures. Je ne prie généralement pas directement le Saint-Esprit, et je n’ai pas le souvenir d’une occasion où ça me serait arrivé récemment. Le mouvement d’Églises auquel j’appartiens n’a pas non plus cette habitude. Mais ce n’est pas parce que nous procédons de la sorte que nous avons forcément raison !

Que dit la Bible à ce sujet ?

Les prières que nous retrouvons tout au long des Ecritures sont généralement adressées de manière indistincte à Dieu, et lorsque les personnes de la Trinité sont clairement distinguées, comme c’est le cas dans le Nouveau Testament, elles sont presque toutes adressées au Père. Il est vrai que quelques rares prières semblent solliciter le Fils (cf. Actes 7.59; 2 Corinthiens  12.8; Apocalypse  22.20) —un indice supplémentaire de sa divinité — mais nous n’en trouvons aucune s’adressant directement au Saint-Esprit.

Certes, le Saint Esprit semble interagir avec les croyants (voir par exemple Actes 16.6-7), mais cela ne signifie pas pour autant que ces derniers lui adressaient des prières formelles.

Que penser d’un tel silence ?

D’une part le Saint-Esprit est Dieu et possède sa propre “personnalité” divine (voir ici), ce qui peut indiquer que nous pouvons nous approcher de lui comme des autres personnes de la Trinité. Cependant, de l’autre, rien n’indique que nous ayons la moindre permission de l’invoquer directement.

Voici ce qu’en dit Wayne Grudem, et pour une fois que je suis en accord avec lui, cela vaut la peine de le souligner !  (Merci à S. Kapitaniuk pour la référence) :

“Bien qu’aucune prière adressée directement au Saint-Esprit ne soit rapportée dans le Nouveau Testament, il n’y a rien qui interdise une telle prière, car le Saint-Esprit, comme le Père et le Fils, est pleinement Dieu, il est digne d’être prié et a le pouvoir de répondre à nos prières (notez aussi la façon dont Ézéchiel s’adresse au « souffle » ou à « l ’esprit » en Ezéchiel  37.9). Dire que nous ne pouvons pas prier le Saint-Esprit revient à dire en réalité que nous ne pouvons pas lui parler ni avoir de relations personnelles avec lui, ce qui est difficilement soutenable. […] En fait, tout au long de l’histoire de l’Église plusieurs cantiques très souvent chantés étaient des prières adressées au Saint-Esprit […]. Mais cela ne correspond pas au modèle du Nouveau Testament, et ne devrait pas devenir notre façon principale de prier.”
(Wayne Grudem, Théologie Systématique, 410–411).

Je suis plutôt d’avis que l’attitude ouverte mais prudente de Wayne Grudem est la bonne. Nous prions d’ordinaire le Père, par la médiation de Jésus-Christ, mais cela ne revient pas à dire que prier le Saint-Esprit constitue un péché. D’autre part l’Esprit joue un rôle clé dans vos prières (Romains 8.15, 26–27). À ce sujet, vous feriez bien de lire cette synthèse de la pensée de John Owen, particulièrement édifiante ! Dans tous les cas, il n’existe ni interdiction formelle, ni indication contraire qu’il nous faudrait prendre en compte.

Ainsi, prier le Saint-Esprit ne sera pas notre priorité, mais demeurera une possibilité !

Cet article a été initialement publiée dans le cadre de la question tabou du Top Chrétien. 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).