De la présence de Christ dans la Cène

 

Avec mon ami Alex Lopez, l’éditeur de #QDLB, nous discutons actuellement des différentes approches de la Cène. Je défends personnellement l’approche de la « présence mystique », ce qui n’exclut pas que le repas du Seigneur fonctionne également comme un mémorial.

Je viens de découvrir un extraordinaire petit ouvrage de R.C. Sproul, Qu’est-ce que la Sainte Cène, dont je vous propose un extrait ci-dessous, précisément sur le sujet qui occupe nos conversations actuellement !

 

Dans l’article 29.7 de la Confession de foi de Westminster, nous lisons ces mots :

Ceux qui reçoivent dignement ce sacrement, quand ils prennent les éléments visibles (1 Co 11.28), reçoivent alors aussi intérieurement par la foi, mais réellement, non pas de façon charnelle et corporelle mais spirituellement, le Christ crucifié ; ils s’en nourrissent et ils reçoivent de lui tous les bénéfices de sa mort : le corps et le sang de Christ sont alors, non pas corporellement ou charnellement, dans, avec ou sous le pain et le vin, mais ils sont réellement et spirituellement présents pour la foi de ceux qui croient en cette ordonnance, de même que ces éléments eux-mêmes sont présents à leurs sens extérieurs (1 Co 10.16).

 

Dans notre confession, nous voyons une distinction entre la présence réelle de Jésus et la présence physique de Jésus. Quand cela articule la notion de présence réelle de Jésus, cela veut dire que spirituellement parlant, il est réellement présent. Qu’est-ce que cela signifie ? Examinons tout d’abord ce que cela ne signifie pas. Parfois, nous disons : « Je ne pourrai pas être avec vous dimanche, mais je le serai en esprit.» Que voulons-nous dire par ces propos ? Cela veut dire que même si je ne suis pas physiquement présent, je penserai à vous. Vous pouvez considérer cela comme une sorte de présence spirituelle. Cependant, nous avons du mal à comprendre ce sentiment d’être présent quelque part en esprit comme étant une présence réelle. Ce n’est certainement pas ce que signifie la confession ou ce que voulaient dire les réformateurs comme Jean Calvin quand ils parlaient de la présence réelle et spirituelle du Christ dans la sainte cène.

Mais alors, que voulait dire Calvin ? Tout d’abord, commençons par cette formule importante de Calvin, qui est exprimée dans l’expression latine finitum non capax infinitum. C’est un principe philosophique tiré de la raison ou de la logique. Ce principe entend que le fini ne peut pas contenir l’infini. Si vous aviez une quantité infinie d’eau, vous ne pourriez pas contenir cette eau dans un verre de vingt centilitres. Simple à comprendre, non ?

En ce qui concerne la nature humaine de Jésus, Calvin affirmait que le corps humain de Jésus ne pouvait contenir la divinité infinie du Fils de Dieu. C’était simplement une autre manière de dire que si le corps humain de Jésus n’est pas omniprésent, la nature divine de Christ l’est. Cependant, Calvin affirmait non seulement que le Christ est réellement présent dans la sainte cène, touchant sa nature divine, mais que ceux qui prennent part au repas du Seigneur sont véritablement fortifiés et nourris par la nature humaine de Christ. Comment cela est-il possible si la nature humaine n’est pas omniprésente ? Calvin disait qu’il nous est rendu présent par la nature divine.

Dans le Nouveau Testament, Jésus a parlé de partir et de rester : «Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez; et, comme j’ai dit aux Juifs : Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant» (Jn 13.33). Les disciples l’ont vu monter au ciel, mais il leur avait dit : «Même si en un sens je m’en vais du milieu de vous, d’une certaine façon néanmoins je serai toujours avec vous, même jusqu’à la fin des temps.» Jésus leur a donc parlé d’une présence et d’une absence. De plus, quand Paul a parlé du ministère terrestre du Christ, il a dit qu’il n’avait jamais connu le Christ «kata sarka», c’est-à-dire dans la chair. Il ne l’a jamais vu dans son incarnation terrestre ; l’apôtre ne l’a pas connu durant son ministère terrestre. La Bible parle du Christ assis à la droite de Dieu, et il en ressort l’idée qu’il n’est pas présent ici de manière physique et visible.

Le catéchisme de Heidelberg en parle quand il dit : « Concernant la nature humaine de Christ, il n’est plus présent avec nous. » L’Église a toujours compris que la nature humaine est montée aux cieux. « Concernant sa nature divine, poursuit le catéchisme, il est toujours présent parmi nous. » Même si le Christ dans sa nature humaine est monté au ciel, sa nature divine reste omniprésente, et est particulièrement présente dans l’Église. Cela veut-il dire qu’au moment de l’ascension, la nature humaine est allée au ciel et a laissé la nature divine derrière elle, et par conséquent que cette parfaite union des deux a été rompue? Non. L’incarnation demeure une réalité. C’était une réalité à la mort du Christ. Lors de sa crucifixion, la nature divine s’est retrouvée unie à un cadavre humain; l’âme humaine est montée au ciel, et cette dernière était unie à la nature divine. Le corps humain qui était dans le tombeau était toujours uni à la nature divine. Ainsi, si nous pouvons comprendre que la nature humaine est localisée parce qu’elle est encore humaine, elle se trouve ailleurs que dans ce monde. Cependant, la nature humaine, qui est au ciel, reste parfaitement unie à la nature divine.

Rappelez-vous que lorsque vous êtes en communion avec la nature divine, vous êtes en communion avec la personne du Fils de Dieu et tout ce qu’il est. Quand je viens à sa rencontre ici sur terre dans la nature divine et entre en communion avec la personne de Jésus, cette nature divine reste liée et unie à la nature humaine. En communiant avec la nature divine, je ne communie pas seulement avec la nature divine ; je communie aussi avec la nature humaine, qui est en parfaite unité avec la nature divine sans que la nature humaine prenne sur elle la capacité divine de se trouver en différents lieux en même temps. Rappelez-vous qu’à aucun moment, la nature humaine n’est séparée de la nature divine ; ainsi, vous pouvez maintenir l’unité des deux natures et la localisation de la nature humaine sans pour autant la déifier. Et cependant, la personne du Christ peut être présente à plus d’un endroit à la fois en vertu de l’omniprésence de la nature divine.

Il est important de voir la différence entre ce point de vue et le point de vue catholique romain. La vision de l’Église catholique romaine permet à la nature humaine de descendre sur terre en différents endroits en même temps. De cette façon, vous pouvez trouver le corps humain du Christ dans autant de paroisses catholiques romaines qu’il en existe dans le monde. Nous rejetons cette idée parce que le corps du Christ est au ciel. Nous rencontrons la personne réelle dans l’ensemble de nos Églises et entrons en communion bénie avec le Christ tout entier en vertu du contact que nous avons avec la nature divine, mais son corps humain reste localisé au ciel. Cette vision est cohérente avec la façon dont Jésus a parlé dans le Nouveau Testament quand il a dit : « Je m’en vais, mais je serai toujours avec vous. » La présence qu’il promet dans le Nouveau Testament est une présence réelle et une véritable communion avec son peuple.

Lisons à nouveau la Confession de foi de Westminster :

Ceux qui reçoivent dignement ce sacrement, quand ils prennent les éléments visibles (1 Co 11.28), reçoivent alors aussi intérieurement par la foi, mais réellement, non pas de façon charnelle et corporelle mais spirituellement, le Christ crucifié ; ils s’en nourrissent et ils reçoivent de lui tous les bénéfices de sa mort : le corps et le sang de Christ sont alors, non pas corporellement ou charnellement, dans, avec ou sous le pain et le vin, mais ils sont réellement et spirituellement présents pour la foi de ceux qui croient en cette ordonnance, de même que ces éléments eux-mêmes sont présents à leurs sens extérieurs (1 Co 10.16).

 

Grâce à l’omniprésence du Fils de Dieu dans sa divinité, nous rencontrons réellement le Christ dans la sainte cène et nous sommes nourris par le Pain du ciel.

Une dernière remarque concernant l’enseignement de l’Église catholique romaine sur la sainte cène. Ils croient que la messe représente une répétition de la mort sacrificielle du Christ chaque fois qu’elle est célébrée. Christ est, pour ainsi dire, à nouveau crucifié. Bien entendu, l’Église catholique romaine enseigne qu’il y a une différence entre le sacrifice originel que Jésus a accompli au Calvaire et la façon dont il est rappelé lors de la messe. La différence est la suivante : au Calvaire, la mort sacrificielle de Jésus impliquait du vrai sang. C’était un sacrifice sanglant. Or aujourd’hui, il n’y a pas de sang lors de la sainte cène. Néanmoins, cela demeure un sacrifice vrai et réel. C’est cet aspect, ainsi que la doctrine de la transsubstantiation, qui a causé tant de controverses au xvie siècle, car il semblait aux réformateurs que l’idée d’une répétition de quelque sorte que ce soit violait ce concept biblique que le Christ s’est offert une fois pour toutes. Ainsi, dans la vision catholique romaine de la nature sacrificielle de la messe, les réformateurs ont vu une répudiation du caractère unique de l’offrande sacrificielle accomplie par le Christ dans son expiation (Jn 19.28-30; Hé 10.1-18).

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Docteur en théologie (Ph.D., University of Aberdeen, 2021), il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie et est l'heureux papa de Jules et de Maël