Cinq fonctions importantes des généalogies de la Genèse

Cet article n’a pas pour vocation à répondre à toutes les questions que soulèvent les généalogies bibliques –notamment leur arrangement littéraire, qui mériterait davantage d’attention. J’ai déjà abordé certains aspects techniques des généalogies, notamment la présence (ou l’absence) de trous générationnels dans la séquence de Genèse 5 (voir ici) et j’espère revenir sur ces sections si souvent négligées du livre de la Genèse, si Dieu me prête le temps nécessaire (!).

Dans cet article, je me limiterai à un bref rappel de cinq fonctions centrales des généalogies de la Genèse.

 

 

1- Délimiter la structure du texte

Même une lecture superficielle du texte de la Genèse démontre l’importance des généalogies dans la structure finale du livre. Commençant avec Adam, les tables généalogiques se retrouvent en Genèses 4, 5, 10, 11, 22, 25, 29–30, 35–36 et 46. Elles marquent la progression du récit de la création de l’univers à la “création” d’Israël en tant que peuple. Presque toutes ces séquences sont introduites ou conclues par toledoth, un terme souvent traduit par “voici les générations de…” dans nos versions francophones. Je ne m’étendrai pas davantage sur cet élément, mais j’espère y revenir plus en détail dans un avenir proche.

Dans l’Histoire des origines (Gn 1–11), la fonction structurante des sections généalogiques est très claire, notamment parce que celles-ci semblent arrangées en chiasme :

A- Création
Généalogie : le ciel et la terre (marquée par un toledoth, cf. Gn 2.4)

B- Adam et Ève
Génélogie : les descendants d’Ève

C- Caïn et Abel
Généalogie: la lignée de Caïn

C’- L’histoire de Lemech (la lignée de Caïn se fourvoie)
Généalogie : Adam/Seth

D- Le récit du déluge
Généalogie : la “table des nations”

E- La dispersion de Babel
Généalogie : la lignée de Sem

 

Ainsi, la structure des onze premiers chapitres de la Genèse est marquée par l’importance donnée aux généalogies. Le fait que les généalogies continuent à rythmer les récits de “l’histoire patriarcale” (Gn 12–50) milite en faveur de l’unité de la forme finale du livre.

 

 

2- Enraciner “l’histoire biblique” dans l’histoire

Pour les premiers lecteurs du Pentateuque, la distinction moderne entre “histoire sainte” et histoire n’existe pas. Ils reçoivent comme historiques les récits de la Genèse ; ce sont pour eux des traces d’un temps ancien qu’ils n’ont pas connu. L’une des fonctions de la Genèse est de fournir une étiologie à l’existence d’Israël en tant que peuple de l’alliance : en lisant les récits des origines et ceux des patriarches, les Israélites comprenaient qu’il faisaient partie d’un dessein plus grand que leur simple nation, que leur Dieu était le créateur de tout ce qui existe et que son autorité n’était pas limité à leur seule destinée.

Les généalogies contribuent à cet enracinement de la Genèse dans l’histoire, et c’est armé de ce présupposé que les auteurs bibliques ont cherché à connecter leurs propres généalogies à celles de la Genèse (par ex. 1 Ch 1–9; Mt 1) : leur propre histoire était connectée à la Grande Histoire, celle des actes rédempteurs de Dieu.

 

 

3- Évoquer la manière dont l’humanité déchue a rempli la terre

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. L’objectif de Dieu, en créant l’humanité, est qu’elle soit féconde et remplisse la terre (cf. Gn 1.28) : c’est là le “mandat culturel” (je préfère personnellement parler de “mandat créationnel”). Le plan divin de rédemption reprend cette intention originelle : le principe de multiplication des disciples, formulé en Matthieu 28.18–20, évoque presque directement la création (voir ici).

Malgré la chute, l’être humain continue de se répandre sur la terre –mais il ne fait que la remplir de violence et de toutes sortes de défaillances morales. Des sections généalogiques comme la “table des nations” (Gn 10) ou, dans une moindre mesure, la lignée de Sem (Gn 11.10–32) témoignent de l’expansion de l’humanité déchue.

 

 

4- Partir à la recherche de la postérité promise

En Genèse 3.15 est évoquée la toute première promesse d’une postérité humaine souffrante réglant une fois pour toute le problème du mal (voir ici). Plusieurs généalogies semblent pointer vers le futur accomplissement de cette promesse : celle d’Adam et Ève, bien sûr (Gn 5.1–32), mais également celle de Sem (Gn 11.10–32) ou celle de Jacob (en particulier Gn 35.23–29).

Les auteurs bibliques ultérieurs, eux aussi à la recherche de cette postérité, reprennent les écrits généalogiques antérieurs. Il n’est donc pas étonnant que deux évangiles y puisent directement pour reconstruire les grandes ligne de la généalogie de Jésus (Mt 1; Lc 3).

 

 

5- Mettre en évidence le déroulement progressif de la Grande Histoire

Je suis absolument d’accord avec Renaud Genevois lorsqu’il écrit que “le but ultime des généalogies est de nous montrer que Jésus-Christ est véritablement le Fils de Dieu qui, en devenant homme, a parfaitement accompli les alliances de Dieu afin de sauver tous ceux qui croient en lui.” Sans aucune ambiguïté, les généalogies lèvent progressivement le voile sur la révélation du Fils de Dieu et marquent l’avancement de la Grande Histoire de la rédemption.

 

Ainsi donc, vous ne devriez pas négliger les généalogies dans votre lecture personnelle de la Bible. Elles sont utiles pour discerner le sens des textes, mais elles mettent également en évidence une macro-structure qui sous-tend l’ensemble de la révélation. Elles sont l’un des nombreux indices qu’un seul et même Auteur en est à l’origine, au-delà des différents rédacteurs humains qui y ont participé.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).