Quatre conséquences pratiques de la doctrine de la suffisance de l’Ecriture

 

La doctrine de la suffisance de l’Écriture – parfois appelée la perfection de l’Écriture – veut dire que « l’Écriture est suffisamment claire pour que nous soyons personnellement responsables de nous acquitter de nos responsabilités actuelles envers Dieu », comme le suggère John Frame. Quelles en sont les conséquences sur notre vie chrétienne ?

Dans son livre, Croire Dieu sur parole (BLF, p.80-85), Kevin DeYoung liste quatre applications concrètes.

1. Puisque l’Écriture est suffisante, laissons la tradition à sa juste place

La tradition tient une place indéniable dans la compréhension de la parole de Dieu et la formulation des convictions doctrinales de l’Église. La richesse que l’on oublie le plus facilement aujourd’hui est celle de ceux qui ne sont plus. Nous devrions nous laisser instruire par les grands enseignants qui nous ont précédés. Nous devrions rester attachés aux credo œcuméniques de l’Église. Et pour ceux d’entre nous qui sont rattachés à une tradition confessionnelle (luthériens, anglicans, presbytériens ou réformés), nous devons faire le serment de défendre nos préceptes confessionnels avec soin, sérieux et intégrité. Néanmoins, même ces grands credo, catéchismes et confessions n’ont de valeur que dans la mesure où ils résument ce qu’enseigne l’Écriture. Aucun texte secondaire rédigé par l’homme ne peut remplacer la Bible. Aucun de ces textes n’a le droit de supplanter notre allégeance à la Bible et d’en corrompre notre connaissance.

La suffisance de l’Écriture constitue le fondement du mot d’ordre de la Réforme : sola Scriptura, c’est-à-dire « l’Écriture seule ». Il ne s’agit pas de se passer de l’aide de bons enseignants, d’outils spécialisés ou de formules doctrinales éprouvées. « Seule » ne signifie pas « seulement » (solo Scriptura), sans lien communautaire ou confessionnel. Il s’agit d’affirmer que seule l’Écriture constitue l’autorité définitive. Tout doit être testé par rapport à la parole de Dieu. La tradition ne joue pas un rôle équivalent à celui de la Bible dans notre connaissance de la vérité. Elle tient plutôt une fonction de confirmation, d’éclaircissement et de soutien. Nous ne pouvons pas accepter d’ajouts doctrinaux tels que l’infaillibilité pontificale, le purgatoire, l’immaculée conception ou la vénération de Marie, car non seulement ces doctrines ne se trouvent pas dans la parole de Dieu, mais surtout elles sont en contradiction avec ce qui est révélé dans l’Écriture. Même si nous pouvons respecter nos amis catholiques et être reconnaissants pour bien des aspects de leur foi et de leur témoignage sur le plan social, nous ne devons pas vaciller dans notre allégeance au sola Scriptura. Il est en effet implicite dans le concept biblique de la suffisance de la Bible. »

 

 

2. Puisque l’Écriture est suffisante, refusons d’ajouter ou d’enlever quoi que ce soit à la parole de Dieu

Nous sommes en présence d’un livre qui parle de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Or, en règle générale, les documents contractuels se terminent par un avertissement solennel. Nous voyons ce type d’avertissement en Deutéronome 4.2 et 13.1 (ou 12.32, selon la version), où les Israélites sont mis en garde contre le fait d’ajouter ou d’enlever quoi que ce soit à la loi de Moïse (cf. Proverbes 30.5-6). Nous trouvons le même type d’avertissement à la fin du Nouveau Testament, en Apocalypse 22.18-19 :

Je le déclare à toute personne qui écoute les paroles de prophétie de ce livre : si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu lui ajoutera les fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu’un enlève quelque chose aux paroles du livre de cette prophétie, Dieu enlèvera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte décrits dans ce livre.

 

Cet avertissement particulièrement solennel – placé de surcroît à la toute fin de la Bible – nous rappelle avec force que nous ne devons rien ajouter aux Écritures (que ce soit pour les améliorer, pour nous rassurer, ou pour qu’elles cadrent mieux avec nos présupposés) et que nous ne devons rien leur retrancher, même si l’expérience, les revues spécialisées ou l’état d’esprit ambiant nous poussent à le faire.

 

 

3. Puisque la Bible est suffisante, ayons l’assurance de sa pertinence dans toutes les circonstances de la vie

Dieu nous a donné tout ce qui est nécessaire à la vie et à la piété (2 Pierre 1.3) ; l’Écriture est suffisante pour nous rendre sages en vue du salut et saints pour le Seigneur (2 Timothée 3.14-17). Si nous apprenons à lire la Bible dans toutes les directions – en profondeur (pour qu’elle pénètre dans notre cœur), en largeur (pour en saisir l’ensemble du scénario), en longueur (jusqu’à la fin de l’histoire), et en hauteur (à la gloire de Dieu sous le regard du Christ) –, nous découvrirons que chaque parcelle de la Bible nous apporte quelque chose.

Affirmer la suffisance de l’Écriture, ce n’est pas laisser entendre que la Bible nous dit tout ce que nous voulons savoir sur tout ; en revanche, elle nous dit effectivement tout ce que nous avons besoin de savoir sur le plus important. L’Écriture ne donne pas des informations exhaustives sur tous les sujets, mais sur tous les sujets à propos desquels elle parle, elle dit uniquement ce qui est vrai. Et nous pouvons trouver dans sa vérité suffisamment de connaissances pour nous détourner du péché, trouver un Sauveur, prendre de bonnes décisions, faire plaisir à Dieu et découvrir la racine de nos plus gros problèmes.

 

 

4. Puisque la Bible est suffisante, ouvrons nos Bibles pour entendre la voix de Dieu

J’ai participé récemment à un groupe consultatif mis en place par la dénomination à laquelle je suis rattaché. Nous devions définir nos « normes » sur le plan communautaire. Lorsque j’ai laissé entendre que notre première norme devrait être de mettre toute chose à l’épreuve de la parole de Dieu, on m’a répondu (et je cite littéralement) que nous n’étions « pas là pour ouvrir nos Bibles ». Apparemment, l’objectif du groupe était de nous amener à écouter notre cœur et à nous écouter les uns les autres, mais pas vraiment que nous écoutions Dieu.

Plus tard, au cours de la même rencontre regroupant des membres de cette dénomination, un pasteur d’Amérique du Sud s’est adressé à tout le groupe. Ayant remarqué au fond de la salle une affiche qui annonçait une rencontre pour « découvrir » la vision de Dieu au sujet de notre dénomination, l’homme a observé : « Découvrir ? J’espère que vous allez trouver ce que vous cherchez. Et essayez de faire en sorte que ça ne soit pas trop long ». C’était une pique bien envoyée contre la tendance de l’Église américaine à projeter, formuler, rêver, définir des visions et rechercher le discernement collectif, alors que pendant tout ce temps la voix de Dieu est là, très claire, sur nos genoux, complètement délaissée.

La parole de Dieu est plus que suffisante pour permettre aux enfants de Dieu de mener leur vie à sa gloire. Le Père est prêt à nous parler en utilisant tout ce que l’Esprit a dit au travers du Fils. La question est de savoir si nous sommes prêts à ouvrir nos Bibles et à nous donner la peine d’écouter. »

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).