Dieu aime le pécheur, mais pas le péché. Vraiment ?

 

Comme je l’ai indiqué il y a quelques jours, j’ai eu l’honneur de participer à un projet collectif initié par le WET à paraître le 24 février 2021, Parlons Mieux (ouvrage à pré-commander ici). Vous pouvez retrouver un entretien avec Nicolas Fouquet, le directeur de la publication, ici.

Parlons-mieux vise à dépoussiérer certaines expressions de notre « patois de Canaan » évangélique comme « la foi n’est pas une religion, mais une relation », ou « Dieu seul peut me juger ». En ce qui me concerne, mon chapitre traite de l’expression « Dieu aime le pécheur mais pas le péché ». En avant première, en voici un court extrait qui résume deux des principales difficultés de cette expression.

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Ce qui est vrai : « Dieu déteste le péché »

La Bible présente le péché comme un principe radicalement opposé à Dieu et étranger à son plan éternel. Dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, il est le plus souvent associé aux thèmes de la rébellion et de l’errance, non seulement en raison de l’étymologie des différents termes originaux employés, mais également à cause de la description de ses effets. Ainsi, dès les premières pages de la Genèse, la chute d’Adam et Ève marque l’entrée du péché dans le monde. Ses conséquences sont immédiates, notamment le bouleversement des rapports entre Dieu et sa création (Gn 3 ; cf. Rm 5.12). Très rapidement, il se manifeste sous son jour le plus hideux au travers du fratricide d’Abel par Caïn (Gn 4), puis il gangrène l’humanité à mesure qu’elle se répand sur la terre au point de déclencher l’événement cataclysmique du déluge (Gn 6-9). Le péché est bien distinct de l’humanité (Adam et Ève en étaient exempts à la création), mais il renvoie sans cesse vers cette relation brisée entre la créature et son créateur

Les dix commandements gravés du doigt de Dieu (Ex 20 ; Dt 5) et, plus généralement la loi de Moïse dans son ensemble, dessinent avec davantage de netteté les contours éthiques du problème. Que ce soit en raison d’actions entreprises à l’encontre de Dieu ou en transgression de ses préceptes moraux, le péché est associé aux notions de culpabilité et de châtiment. La même logique se retrouve dans le Nouveau Testament : Jean lie le péché à l’injustice (1 Jn 5.17) et Paul y voit la marque de la révolte de l’ensemble de l’humanité (Rm 3.23 ; 4.15). Pécher, c’est transgresser la volonté de Dieu mais également s’abstenir de l’accomplir : « Si quelqu’un sait faire ce qui est bien et ne le fait pas », dit Jacques, « il commet un péché » (Jacques 4.17). En somme, le péché n’est autre que l’expression de l’attitude rebelle de l’humanité envers son créateur.

Le péché blesse et détruit ceux qui s’y adonnent (Es 1.6), c’est un fardeau pesant (Ps 38.4), une souillure (Tite 1.15), une lourde dette (Mt 6.12-15), une tache indélébile (Esaïe 1.18), de véritables ténèbres (1 Jn 1.6). Pas étonnant, dès lors, de retrouver une impressionnante collection de témoignages bibliques qui expriment la haine viscérale de Dieu envers cet « intrus ». Et sur ce point la formule « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » est parfaitement claire.

 

 

Ce qui n’est pas absolument vrai : « Dieu aime le pécheur »

Ici encore, on ne peut écarter trop rapidement cette affirmation. De nombreux passages affirment que Dieu aime le pécheur, à commencer par le texte bien connu de Jean 3.16 qui connecte directement le don du Fils unique à l’amour que Dieu porte à un monde profondément corrompu. En mourant à la croix, le Christ démontre de manière ultime cet amour envers des personnes qui, pourtant, ne peuvent nier leur relation intime avec le péché (1 Jn 1.8 ; Rm 3.23 ; cf. Jn 1.13 ; 1 Jn 3.16). N’est-ce pas justement alors que nous étions « encore pécheurs » qu’il s’est offert pour nous, comme le rappelle Paul dans l’épître aux Romains (Rm 5.6-8) ?

Cependant, il convient de contrebalancer ces données par d’autres affirmations bibliques très éclairantes. Tout d’abord, la Bible ne dissocie jamais le péché de la personne qui le commet, comme une certaine compréhension de l’expression « Dieu aime le pécheur, mais pas le péché » le laisse entendre. Bien au contraire, sa colère éternelle contre le péché se focalise également à l’encontre du pécheur. C’est parce qu’il n’est pas « pas un Dieu qui prend plaisir à la méchanceté » que l’Éternel « déteste tous ceux qui commettent l’injustice » et a « horreur des assassins et des menteurs » (Ps 5.5-7). Il distingue entre le juste et le méchant, « il déteste celui qui aime la violence » (Ps 11.5). Ces deux témoignages ne sont pas isolés au sein du corpus biblique (voir Pr 6.16-19 ; Os 9.5 ; Es 59.2 ; Ap 2.6 ; etc.). Dieu déteste les pécheurs. Sa colère est bien réelle et en aucun cas il ne la déverse sur des personnes qu’il agrée. Cette colère, cette haine du péché et du pécheur, marque la désapprobation infinie d’un Dieu dont la justice et la sainteté ne peuvent ni tolérer le mal ni la personne qui s’y livre. Le péché n’existe que parce qu’il est commis par des pécheurs, il émane de cœurs pécheurs. Il est l’expression de la corruption du genre humain, de sa révolte et de sa rébellion contre la sainteté et contre la justice de Dieu. Le péché n’existe pas par lui-même : il nait dans le cœur de l’homme et il reste attaché à lui comme un véritable cancer spirituel. Ce ne sont pas les péchés qui souffrent en enfer, mais bien les pécheurs. La punition divine ne tombe pas sur un concept abstrait, mais sur des personnes coupables au plus haut degré. L’existence même de l’enfer est la démonstration que Dieu hait le pécheur et ne peut l’agréer.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, professeur de théologie, et directeur des formations #Transmettre. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary) et il vient de défendre avec succès sa thèse de doctorat en Ancien Testament (University of Aberdeen). Il est l'auteur du livre Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale (2018, Éditions Impact Academia) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Guillaume est marié à Elodie. Ensemble, ils sont les heureux parents de Jules.